Linux menacé d’éclatement?

Lundi, 10 octobre 2005


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Catégorie: Actualités
par Webmaster
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gnl

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A
quoi ressemblera Linux dans quelques années ? Personne ne peut le dire.
Les principaux éditeurs de distributions - Red Hat, Suse, Mandriva et
Debian - s'accordent juste sur certaines priorités : gestion des
architectures 64 bits, virtualisation, amélioration des outils de
déploiement et d'administration, etc. En revanche, leurs stratégies
divergent de plus en plus. Pour se différencier et gagner ainsi des
parts de marché, les éditeurs développent leurs propres outils et
parient sur des architectures différentes.


Red
Hat s'attache, par exemple, ? créer un système d'exploitation facile ?
déployer et ? maintenir, qu'il destine aux serveurs et postes de
travail. Dans sa nouvelle architecture baptisée
« Stateless
Linux »,

les
fichiers de configuration et les données des utilisateurs sont stockés
sur un serveur distant. Cette architecture gère aussi un mode qui
autorise, par exemple, de travailler en déplacement. Elle constitue la
première alternative sérieuse ? Long Horn (le futur Windows), car elle
promet de réduire fortement les coûts de déploiement et
d'administration.
« Nous ne cherchons pas ? proposer le même concept de poste de travail que
Microsoft en moins cher,

précise toutefois Michael Tienman, vice-président de Red Hat.
Nous souhaitons changer la donne. »

La vision de Red Hat laisse sceptique

Seulement
voil? , l'ensemble des autres éditeurs boude cette initiative. Le patron
de Progeny, mais aussi père de la distribution Debian, Ian Murdock,
juge l'approche de Red Hat
« trop monolithique et en
contradiction avec l'esprit de Linux ».

François Bancilhon, le directeur général de Mandriva, y va lui aussi de sa critique :
« La solution de Red Hat n'est pas optimale. Nous annoncerons bientôt
notre propre solution. »

Quant
? Novell, son directeur technique, Marcus Rex, trouve le projet
intéressant, mais il reste circonspect face ? une initiative de la
communauté Fedora, contrôlée selon lui par Red Hat.

Même
cacophonie au sujet des outils de déploiement et d'administration. Les
éditeurs intègrent des logiciels et des interfaces spécifiques ? leurs
distributions. Par exemple, aucune n'utilise la même syntaxe en ligne
de commande pour installer et mettre ? jour le système d'exploitation
et les applications qui s'y exécutent. Suse s'appuie sur l'outil Yast.
Debian sur Apt, d'autres sur Urpmi, Aptget, Apt4rpm, Synaptic, Up2date,
Yum, AutorPM, Portage, etc. Les éditeurs développent aussi des serveurs
de mise ? jour très évolués, tels Red Hat Network et Novell Zenworks
pour Suse. Mais soit ces outils sont propriétaires, soit ils ne
couvrent pas tous les systèmes d'exploitation Linux.

Il faut dire que
« chaque
distribution possède un noyau qui lui est propre, créé ? partir de
centaines de patchs ajoutés au fur et ? mesure des besoins des
clients »,

explique
Stéphane Mariel, responsable de l'offre professionnelle chez Mandriva.
Chaque distribution s'appuie aussi, au-dessus du noyau, sur des
bibliothèques techniques différentes. Un éditeur optera pour
l'environnement graphique KDE, le système de fichiers Ext2/3 et le
gestionnaire de démarrage Lilo, tandis qu'un autre s'appuiera par
défaut sur Gnome, Reiserfs et Grub. Dans ce contexte, choisir une
distribution Linux revient ? choisir un système d'exploitation
spécifique. Si toutes possédaient exactement les mêmes interfaces, les
éditeurs de progiciels n'auraient pas ? certifier leurs outils sur
chacune d'entre elles.
« On en revient ? la même problématique qu'Unix en son temps »,
note Mathieu Belge,
consultant en architecture technique au sein du cabinet de conseil Clever Age.

Bref,
les éditeurs s'entendent pour conserver un minimum de compatibilité au
niveau du noyau. Mais pour les couches supérieures du système
d'exploitation, la règle du chacun pour soi est de mise. Et les
tentatives de standardisation de Linux ne parviennent pas ? fédérer. En
témoigne l'échec de United Linux. La situation est telle que plusieurs
éditeurs ont créé, il y a deux ans, l'association Linux Standards Base
(LSB). Elle vise ? développer et promouvoir des standards ouverts, qui
garantissent la compatibilité entre distributions et la portabilité des
applications écrites pour ces systèmes.

L'intérêt de mutualiser les efforts de standardisation

L'avenir
de Linux dépend pourtant de sa capacité ? maintenir une réelle
portabilité entre les différentes distributions et ? réduire le coût de
possession. Le coût d'un système d'exploitation étant directement lié ?
son effort de déploiement, de mise ? jour et de maintenance, on
s'interroge sur les dangers d'une telle divergence.

Les
options techniques - boot, système de fichiers, interface graphique,
etc. - ne manquent pas et nécessitent déj? un apprentissage important.
Il serait donc plus judicieux de mutualiser les efforts pour
standardiser l'installation, la mise ? jour et la maintenance d'une
distribution et des logiciels qui s'y exécutent. Le coût de formation
et de migration pour passer d'une distribution Linux ? l'autre
diminuerait dans des proportions importantes.

C'est ce que propose Ian Murdock. Son objectif est de produire un socle de développement de distribution ouvert, baptisé
« Componentized Linux ».
Il permettrait ainsi ? n'importe quel
éditeur ou entreprise de créer des distributions spécialisées par simple assemblage de composants.

Chaque
distribution serait propre ? chaque entreprise, mais toutes
posséderaient les mêmes interfaces et outils d'administration.
« La création de distributions sur mesure est l'essence même de
Linux »,

proclame
Ian Murdock, de Progeny. Or, selon lui, les entreprises se replient
toutes aujourd'hui sur les distributions monolithiques de Red Hat et de
Suse, essentiellement pour réduire leur coût de possession.
« Il
devient urgent de standardiser la façon de spécialiser une distribution
pour faciliter son déploiement et sa maintenance »,

conclut-il.

L'approche de Debian séduit les petits éditeurs

Pour
sa proposition d'architecture, Progeny s'appuie sur les travaux de LSB
et sur la souche Debian. Malheureusement, cette vision se heurte une
fois de plus aux stratégies divergentes des grands éditeurs Linux. En
revanche, les challengers se basent presque tous sur Debian. C'est
notamment le cas d'Ubuntu, une distribution qui rallie de nombreux
spécialistes Linux.
« C'est
une distribution intéressante, car elle est complètement optimisée pour
le poste de travail. Elle est industrielle, très fonctionnelle… et
compatible avec les outils de déploiement et d'administration de
Debian »,

argumente Corinne Brunel, directrice d'Uperto, filiale open source de
Devoteam.

A
l'image de PHP, qui a conquis ses lettres de noblesse en commençant par
des sites personnels et intéresse aujourd'hui toutes les grandes
entreprises, ces nouvelles distributions pourraient s'imposer aux côtés
de Red Hat et de Suse sur des segments de marché encore délaissés par
les grands éditeurs : les PME, les travailleurs indépendants, etc. A
moins que les entreprises ne se tournent vers Open Solaris.

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