Le Brésil et logiciel libre

Jeudi, 16 juin 2005


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Catégorie: Actualités
par Webmaster
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Vu sur Alternatives.ca

Malgré la présence de
groupes de pression posant d'importants obstacles ? son adoption, le
diffusion du logiciel libre se poursuit au Brésil. Plusieurs groupes
montréalais1 ont participé, entre le 1er et le 4 juin, au Forum
International sur le logiciel libre, qui s'est tenu pour la sixième
fois cette année ? Porto Alegre.

Avec plus de 4000 participants et 80
exposants, cette édition du Forum visait résolument ? établir des ponts
entre le gouvernement, les grandes entreprises et la communauté du
logiciel libre.

Malgré une faible présence des organisations sociales,
certaines initiatives sociales reliées ? la participation des femmes ou
? l'économie solidaire ont été présentées lors de ce forum.


Le concept de logiciel libre, ou « free software Â» en anglais, est
apparu au début des années 1980. Le logiciel libre se veut en quelque
sorte un renversement du droit d'auteur qui garantit l'accès au code
source plutôt que de l'interdire. La Fondation pour le Logiciel Libre2
définit le logiciel libre par quatre libertés : exécuter, modifier,
redistribuer le logiciel, et distribuer des copies modifiées du
logiciel.

Le logiciel libre est également connu sous le nom d'
« open source Â», ou logiciel ? code source ouvert en français. Ce
terme, qui définit davantage le caractère technique que l'aspect
éthique du projet, a été forgé pour promouvoir le logiciel libre auprès
des entreprises souvent peu enchantées par l'ambiguïté anglophone du
terme « free Â» qui signifie autant « libre Â» que « gratuit Â».

Projecto Software Libre, organisation mobilisatrice des événements

Les premières communautés de développeurs de logiciels
libres du Brésil ont été créées vers le milieu des années 1990,
notamment par la création de la distribution GNU/Linux Connectiva3.
C'est dans l'Ã?tat du Rio Grande do Sul que le mouvement est le plus
actif ; en 1999 a été fondé le Projecto Software Libre4 (projet
logiciel libre - PSL) ? Porto Alegre avec pour but de rassembler les
différents acteurs du logiciel libre et de faire connaître les
initiatives des groupes d'utilisateurs et des communautés de
développeurs. Basé sur des structures tout ? fait informelles,
n'importe qui pouvait s'identifier au projet. Dès le début, le projet
phare de PSL a consisté ? réaliser le Forum international sur le
logiciel libre, qui en était cette année ? sa 6ième édition. �tant
donné le succès de PSL dans l'état du Rio Grande do Sul, il a été
décidé de former des projets similaires dans différents états
brésiliens et de donner une portée pan-brésilienne ? PSL pour intégrer
ces sous-projets régionaux et autonomes, porteurs d'initiatives plus
spécifiques. Aujourd'hui, au sein de PSL, des entités régionales aux
structures très horizontales et sans instances légales coexistent avec
d'autres plus formelles.

Ajouté ? ce fédéralisme géographique, on retrouve au
sein du PSL différents groupes de travail « transversaux Â». Le premier
de ceux-ci a été PSL-mulheres (femmes)5, créé par quelques femmes
impliquées dans le mouvement qui souhaitaient intégrer une perspective
plus féministe au logiciel libre. On retrouve aujourd'hui plusieurs de
ces groupes travaillant sur des thématiques comme les aspects légaux du
logiciel libre ou sa promotion au sein des différents secteurs comme
l'entreprise privée, le gouvernement ou l'armée.

Le logiciel libre au sein du gouvernement brésilien

Projecto Software libre a compté dès le début sur
l'implication d'acteurs clés des universités, des entreprises mais
surtout du gouvernement. Plusieurs personnes impliquées depuis le début
dans le mouvement du logiciel libre dans ce pays sont également
militants depuis toujours au sein du Parti des travailleurs (PT),
actuellement ? la tête du Brésil. Cette double implication a permis
d'intégrer l'usage du logiciel libre dans le programme du Parti dès sa
fondation. Les militants du PT ont par la suite travaillé ? établir des
contacts étroits avec le mouvement du logiciel libre durant les
différentes campagnes électorales du Parti.

�lu dans l'état de Rio Grande do Sul et dans certaines
grandes villes comme São Paulo, puis plus tard, au niveau fédéral, le
PT au pouvoir a adopté des politiques de migration massive au logiciel
libre : la ville de São Paulo compte aujourd'hui une centaine de
télécentres utilisant des logiciels libres. Ces politiques ne sont
toutefois pas mises en place sans d'importantes résistances ; Sergio
Amadeu, le plus haut fonctionnaire brésilien chargé des migrations au
logiciel libre, a ainsi fait l'objet d'une poursuite de la part du
géant Microsoft pour avoir comparé cette lââ?¬™offre gratuite de logiciel
propriétaire de la multinationale ? une pratiques similaire ? celle des
narcotrafiquants6. De nombreux acteurs du logiciel libre au Brésil
mentionne l'existence d'importants lobbies des entreprises de logiciels
propriétaires séduisant députés et sénateurs afin de contrer les lois
favorisant l'adoption du logiciel libre. L'entente conclue en début
d'année entre l'UNESCO et Microsoft7, visant prétenduement ? contrer le
fossé digitale dans les pays en voie développement, n'est sans doute
pas étrangère ? l'adoption croissante du logiciel libre au Brésil.

Dépasser les divisions

Autant dans la salle d'exposition que dans les
conférences principales, on pouvait noter une présence importante des
grandes entreprises ou des organisations faisant la promotion de l'
« open source Â» auprès des entreprises, notamment l' « Open Source
Initiative Â»8. La présence d'Eric Raymond, l'un des plus important
promoteur du logiciel « open source Â» auprès des entreprises et très
controversé chez les acteurs du logiciel libre, n'est pas non plus
passé inaperçue. Il semble l? y avoir une volonté de dépasser les
divisions traditionnelles entre une vision philosophique du logiciel
libre, et une vision plus entrepreneuriale. De l'avis même des
militants brésiliens s'identifiant résolument ? la gauche, il apparaît
nécessaire de s'allier aux entreprises pour développer le logiciel
libre au Brésil, dans la mesure où le pays demeure encore une économie
capitaliste. Cette alliance souhaitée semble également significative
des élections fédérales qui se tiendront en 2007, où le gouvernement de
Lula pourrait ne pas gagner. Ã? plusieurs reprises dans ce forum, on a
demandé ? ce que les politiques du logiciel libre dépassent les lignes
partisanes, comme ce fût le cas des télécentres de São Paulo qui sont
demeurés en place même après le changement de gouvernement. Dans une
société de plus en plus numérique, il semble que le logiciel libre, et
plus généralement le libre accès ? la connaissance soit un enjeu
dépassant les clivages politiques traditionnels.

Autre fait marquant, on cherche de plus en plus ?
dépasser le simple usage pour plutôt investir le développement et par
l? , contribuer aux communautés du logiciel libre. Pour plusieurs
participants du forum, se contenter de simplement utiliser le logiciel
libre sans investir dans son développement, c'est donner des
difficultés ? l'adoption du logiciel libre. De nombreuses
interventions, autant publiques que dans les corridors allaient dans ce
sens : comment intégrer le modèle de développement du logiciel libre
dans l'industrie nationale de l'informatique, comment assurer une
rémunération juste pour le travail jusque l? réalisé bénévolement par
les hackers, cette masse de développeurs de logiciels libres. Pour
beaucoup, le futur du logiciel libre passe par le développement d'un
modèle économique ? l'image des valeurs et du mode fonctionnement des
communautés du logiciel libre.

L'inclusion digitale

« Dans un pays où 79% de la population n'a jamais vu un
ordinateur, qu'est-ce que le logiciel libre peut bien apporter ? Â»,
telle fut la question posée par César Alvarez, le conseiller spécial du
président brésilien, présent lors de l'événement. Surtout le fait d'une
classe moyenne disposant généralement d'une très bonne formation
académique, l'importance du logiciel libre dans la lutte ? la pauvreté
et au fossé digital demeure une question qui nécessite une plus grande
réflexion. La difficulté d'étendre ce mouvement surtout technique aux
sphères plus sociales n'est sans doute pas étrangère ? l'absence
marquée des organisations sociales lors de ce Forum sur le logiciel
libre. Bien que la plupart des ONGs semblent être en accord
philosophiquement avec les principes du logiciel libre, peu de ces
organisations ont fait le saut et participent activement au mouvement.
Beaucoup des militants du logiciels libres notaient que ce n'est que
depuis cette année que le Forum Social Mondial, qui réunit presque
chaque année des centaines d'organisations de la société civile dans la
même ville, a adopté les logiciels libres ? tous les niveaux.

Au del? des discours politiques, le forum a quand même
permis de connaître certaines initiatives sociales concrètes. La
deuxième rencontre « Femmes et logiciels libres Â», proposait ainsi de
réunir différents projets reliées ? la participation des femmes. Ces
projets sont intéressants d'une part parce qu'ils cherchent ? intégrer
davantage de femmes dans la communauté du logiciel libre9, mais ils
intègrent souvent des action sociales orientées vers couches de
populations plus éloignées du mouvement du logiciel libre (comme les
enfants, ou les personnes âgées). L'économie solidaire était un autre
thème qui a fait l'objet de différentes présentations. Le modèle de
coopérative développé par l'économie solidaire pourrait bien
constituer, pour les militants sociaux du logiciel libre, un modèle
d'affaire permettant de lier le développement du logiciel libre ? des
enjeux sociaux plus larges, comme la consommation responsable, la
démocratie locale ou l'inclusion digitale.

 

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